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Une escapade dans le vignoble de la Combe de Savoie

Lundi 27 février, dans les vignes de Raphaël Saint-Germain, au pied du Château de Miolans :
« Je me sens mieux dans mes vignes depuis que je travaille en AB » me confie Raphaël en me montrant un coteau qu’il vient de replanter. « Il faut réfléchir. Le vin n’est pas un produit de première nécessité, il faut donc qu’il apporte du plaisir. Je fais des efforts environnementaux depuis longtemps, la suite logique c’était d’obtenir un label bio ».

En Savoie, la pluviométrie est relativement importante et le vignobleen coteaux, ce qui rendaient autrefois le travail du sol pour contrôler l’herbe, long et fatigant. C’était une corvée. Nous étions dans une logique de production, c’était la période du vin-aliment. Le vigneron ne savait pas ou ne pouvait pas valoriser son travail. Son vin était souvent vendu en vrac. Alors, l’arrivée des pesticides qui rendit notamment l’utilisation du piochon révolue, fut considérée comme un progrès, avec le développement des problèmes graves de santé que le monde paysan, mais pas seulement, connait depuis de nombreuses années maintenant.

Aujourd’hui, avec l’aide de la mécanisation, une meilleure connaissance des interactions entre le sol et la plante, la redécouverte de traitements à base de végétaux et de minéraux, la qualité des vins a fait un bond et le vigneron peut vivre dignement de son travail. Un travail de réflexion au niveau de la conduite de la vigne, sans rechercher systématiquement des rendements élevés, et des vinifications, est effectué pour minimiser voire annuler les intrants.

« Bien sûr, il faut un peu d’inconscience pour travailler en bio, il faut vouloir prendre des risques car vous n’avez pas d’armada chimique pour vous protéger. C’est toujours de la sueur, de la fatigue, quelques fois du découragement, mais je ne reviendrais en arrière ». L’effet millésime est prononcé et évident en culture biologique, la chimie c’est le nivellement. Sans compter que les vignerons bio s’entendent bien entre eux et s’entraident, se soutiennent, échangent. Quant aux rapports avec les consommateurs, ils vont bien au-delà du simple acte d’achat.

Et Raphaël de conclure par une belle citation d’André Gide : « les choses les plus belles sont celles que souffle la folie et qu’écrit la raison ».

Petit rappel (peut-être utile) sur le vin bio:
C’est un vin produit à partir de vignes cultivées sans aucun produit chimique de synthèse (engrais, herbicide, fongicide ou insecticide) et sans OGM. Les sols sont labourés et la plante est traitée contre les maladies cryptogamiques avec du soufre (un minéral), des doses très faibles de cuivre (de plus en plus souvent remplacé par des huiles essentielles), des infusions et des décoctions de plantes qui renforcent aussi son système immunitaire (ortie, sauge, prêle, fenugrec, consoude, ...).
C’est donc un vin sans résidu de pesticides qui sont cancérigènes, toxiques pour le développement et la reproduction, perturbateurs endocrinien, neurotoxiques.

Les trois plus :

• La culture biologique améliore la fertilité des sols, préserve l’environnement (air et eau) et favorise la biodiversité,

• Le vin bio respecte la santé du consommateur,

• C’est aussi un vrai vin de terroir, aux arômes précis, au fruit éclatant, à l’équilibre délicat, plus lumineux, plus proche du raisin que les vins issus de l’agriculture conventionnelle (dont le nom est inapproprié, pour le moins).

L’Altesse ou l’histoire d’un migrant qui s’est remarquablement adapté

Pierre Galet1 dans son « Dictionnaire encyclopédique des cépages » écrit que ce cépage n’a aucun lien avec l’encépagement français. Il aurait été introduit de l'île de Chypre lorsque Louis 1er de Savoie épousa à Chambéry le 1er novembre 1433, Anne de Lusignan, fille du roi de cette île, qui l’aurait apporté dans sa dot.

Pour Pierre Galet, l'Altesse serait originaire d’Europe centrale et plus particulièrement du vignoble de Tokay en Hongrie, réputé pour ses grands vins liquoreux obtenus à partir du cépage Furmint, auquel elle serait apparentée par ses caractéristiques ampélographiques (couleur des sarments, forme des feuilles et des baies). Ce fameux Furmint aurait lui-même été implanté à Chypre par les Templiers puis beaucoup plus tard, les Turcs qui avaient envahi l’île, auraient effacé toute trace de viticulture. Hypothèse intéressante quand on sait que l’Altesse est aujourd’hui officiellement inscrite au « Catalogue des variétés de vigne », en France bien sûr mais aussi à Chypre !

De mon côté, il y a quelques années lors d’un voyage en Hongrie, à la recherche de grands Tokaji Aszu, j’avais rapporté aussi plusieurs bouteilles de vins blancs secs de Furmint dans l’idée de les comparer avec ceux de l’Altesse. Sur cinq échantillons de chacun de ces deux cépages, pour quatre d’entre eux, la structure, les arômes et l’équilibre étaient identiques. Des vins généreux, élégants et aptes au vieillissement. L’expérience fut captivante et le résultat troublant.

Alors, l’histoire de ce cépage noble apporté par une princesse orientale est-elle exacte ou est-il un descendant du Chasselas comme certains l’affirment. Il nous faut attendre l’analyse de son ADN qui pourrait bien nous révéler, une fois encore, une filiation inattendue.  
L’Altesse est presque plus connue sous le nom de Roussette car ses baies deviennent rousses quand elles arrivent à bonne maturité. C’est ainsi le cépage unique de l’appellation « Roussette de Savoie » et des crus Frangy, Monthoux, Marestel et Monterminod.


Pour bien commencer (ou bien continuer) avec l’Altesse, voici quelques propositions :

Roussette de Savoie « Son Altesse » 2015 du Château de Mérande
Avec son nez fin et minéral aux arômes de fleurs mellifères et d'amande, avec sa belle attaque en bouche, avec sa rondeur en milieu de bouche, son bel équilibre et sa jolie finale fraîche, c’est un vin idéal à l’apéritif.

Roussette de Savoie « Autrement » 2014 de Jacques Maillet
L’Altesse a une réelle capacité à traduire les caractéristiques du terroir où elle est plantée. Celle-ci présente une minéralité au nez comme en bouche très affirmée, probablement en raison de la molasse du sous-sol où elle plonge ses racines. Cette minéralité est portée par un joli gras. Irrésistible aujourd’hui, elle pourra aussi vieillir avec grâce.

IGP Allobroge Blanc « Quartz » 2015 du Domaine des Ardoisières
Vous serez séduits par sa maturité faite d’intensité et de finesse et ses notes de pêche, d’abricot, de rhubarbe et d’épices. Vous retrouverez toutes ses sensations en bouche portées par une fraîcheur et un volume enthousiasmants. L’équilibre est parfait. Cette Altesse est incroyablement racée et précise. Son allonge est remarquable.
Servez-là avec un omble chevalier ou une féra du lac, avec un sandre, un tartare de poissons, un carpaccio de coquilles Saint Jacques, et pourquoi pas avec un homard ou une langouste à la nage ou grillé, … A vos fourneaux.

1 L’ampélographe du 20e siècle. Ingénieur agronome et Docteur ès sciences.

Le Pinot noir, un cépage fondateur

C’est vers la fin du XIVème siècle que le nom de Pynoz apparaît dans un écrit bourguignon. C’est peut-être la dénomination nouvelle d’un vieux plant, le « Noirien », déjà réputé pour la qualité des vins qu’il donnait. Et le nom de Pinot viendrait-il de la forme de la grappe rappelant la pomme de pin ? C’est en tout cas à cette même époque, en 1395 exactement, que Philippe le Hardi, Duc de Bourgogne, convaincu qu’il est du formidable potentiel de ce cépage, prendra une ordonnance pour faire arracher le cépage Gamay qui sur les sols argilo-calcaires de la Côte d’Or donnait une grande quantité d’un vin de piètre qualité, au détriment du Pinot dont il occupait les meilleures places.

Beaucoup plus près de nous, en 2006, des travaux sur l’ADN des cépages ont permis de mettre en évidence que le Pinot noir est un cépage dit « fondateur ». Il s’est croisé naturellement plusieurs fois (je l’ai déjà écrit dans un article précédent), avec le Gouais blanc, un cépage inconnu sauf pour les férus d’ampélographie et dont levin est de médiocre qualité, pour donner un grand nombre de cépages qualitatifs comme le Romorantin, le Melon et l’Auxerrois, assez peu connus, mais aussi le Chardonnay, le Gamay et l’Aligoté.

Le débourrement du Pinot est précoce, ce qui le rend sensible aux gelées printanières. Dans les vignobles septentrionaux, il convient donc de le planter sur des coteaux bien exposés. Cependant, il résiste bien aux froids hivernaux. Pendant la période de la fleur, si le temps est froid ou humide, on observe de la coulure et du millerandage* qui peuvent réduire considérablement la récolte.

Le Pinot noir est un cépage mutant par excellence. Il a donné ainsi le Pinot gris et le Pinot blanc, ceux-ci étant surtout cultivés en Alsace. En fait, seule la couleur de la pellicule de leurs baies est différente, on parle aussi de chimère tissulaire, comme deux créatures fantastiques, mais pour notre bienfait cette-fois !

Cépage particulièrement sensible au terroir, les meilleurs vins de Pinot sont obtenus sur des sols calcaires sur des coteaux exposés à l’est et sous un climat tempéré. Ces conditions sont parfaitement réunies dans la Côte-de-Nuits, de Corgoloin à Marsannay, où le Pinot noir va pouvoir exprimer les subtils différences de climats classés Premiers Crus et Grands Crus. Dans les vignobles méridionaux, il faut rechercher les terroirs les plus frais en altitude ou exposés au nord, sous peine d’avoir une maturation trop rapide et excessive qui donnera des vins trop puissants en alcool donc déséquilibrés et sans intérêt, puisque d’une parfaite neutralité sur le plan aromatique.

Pour bien commencer (ou bien continuer) avec le Pinot noir, voici quelques propositions :

Gevrey-Chambertin de Thierry Mortet :
Tout est là. La richesse aromatique du Pinot où se disputent les fruits rouges, et particulièrement la cerise, avec une touche d’orange et de chocolat noir. Quant à l’expression en bouche, elle est caractéristique de ce que ce cépage peut donner de meilleur, à savoir du volume, de la suavité, de la puissance et de la longueur, tout en restant aérien.

Arbois rouge du Domaine de Saint-Pierre :
Le sol du coteau de Saint-Pierre ressemble comme deux gouttes d’eau à ceux des meilleurs crus de la Côte de Beaune. Pas étonnant donc que le nez s’ouvre sur de délicates notes toastées derrière lesquelles de petits fruits rouges et d’élégantes nuances florales s’expriment. La texture en bouche fait penser à un élégant Volnay, avec son fruit, ses tanins légers et sa longue persistance.

«P.N. 1328» du Domaine Ampelidae :
Un vin de rêve. Une couleur magnifique par sa nuance et sa profondeur. Un bouquet d’une extrême densité, d’une fraîcheur fruitée totalement hors du commun. Le toucher de bouche est extraordinaire de pureté et de finesse. L’allonge est remarquable. Voici ce que le plus beau des cépages sait probablement livrer de meilleur, comme pour montrer qu’il est vraiment le plus distingué de tous.

* Au stade de la floraison, en cas de pluies ou de températures basses, certaines fleurs ne sont pas fécondées et tombent (ou coulent).
Le millerandage correspond à une fécondation imparfaite de la fleur qui donne  lieu à un sous-développement des baies, qui restent de petites tailles et sans pépin.

Charte de qualité de Wine & Vin

Vous êtes à la recherche d’un vin qui s’accordera avec le prochain plat que vous allez cuisiner où vous souhaitez faire un joli cadeau à un ami et vous souhaitez un vin original ou pour le moins, un vin dont vous êtes sûr de la qualité.

Vous êtes au bon endroit.


Ici, vous ne trouverez pas de vins en discount ou issus de vastes domaines agro industriels mais des vins de terroirs, des vins de vignerons réalisés dans le respect de la nature.

Depuis de nombreuses années, afin de sélectionner ces vins à la personnalité affirmée, je me déplace régulièrement dans tous les vignobles, tant en France qu'à l'étranger. Ceci me permet d'entretenir des relations privilégiées avec les vignerons. C’est les pieds dans le terroir, après avoir parcouru les vignes que je déguste leurs vins pour réaliser une première sélection. Un peu plus tard, c’est autour d’une table avec des mets choisis que je les déguste à nouveau pour les valider. Une bonne sélection ne doit rien au hasard.

Dans l’un des plus grands pays viticoles du monde où les vins sont si nombreux et si divers, l’offre reste parfois difficile à cerner et peut désorienter l’amateur exigeant. Mon ambition est de vous fournir l’information la plus objective possible, un vaste choix mais toujours qualitatif et le meilleur conseil que vous êtes en droit d’attendre.

Serge ALEXANDRE

Syrah, la magnifique

En 1785, Montesquieu avait appelé le Cabernet-Sauvignon, l’un des plus grands cépages nobles français de l’époque, « le raisin sans défaut ». Si cette assertion n’est pas contestable, elle peut tout autant s’appliquer à la Syrah qui n’a, à mes yeux, que des qualités. Elle est dans le top 3 des cépages rouges avec ce fameux Cabernet-Sauvignon et le Pinot noir, cela va de soi.

Jusqu’il y a une petite vingtaine d’année, on ne savait rien de précis sur l'origine de ce cépage, et les hypothèses souvent farfelues allaient bon train. Originaire de la ville de Chiraz, capitale de la province de Fars en Iran, elle aurait été rapportée par le Chevalier de Stérimberg qui s'établit sur le coteau de l'Hermitage au XIIIe siècle. Mais certains auteurs prétendaient que l’ancêtre de la Syrah était la Vitis Syriaca mentionnée par Pline l’Ancien en Syrie, quand d’autres affirmaient qu’elle avait été rapportée de la ville de Syracuse en Sicile par l'empereur Probus au IIIème siècle, Probus, l’empereur préféré des vignerons, qui venait d’abolir l’édit de Domitien qui prescrivait l’arrachage d’une partie des vignes en Gaule, et de permettre à nouveau d’en replanter.

Ce cépage n'est pas cultivé dans ces pays d'origine supposés et nous savons aujourd’hui, grâce aux travaux de José Vouillamoz sur l’ADN de la vigne, que la Syrah est une fille de la Mondeuse Blanche* (la mère) et de la Dureza (le père), une demi-soeur du Viognier, une petite-fille de la Mondeuse Noire, une nièce du Teroldego et une arrière-petite-fille du Pinot noir !

Voilà bien des résultats inattendus, mais la recherche génétique n’a pas fini de nous surprendre. Ceci étant, il y a plus de cinquante ans, l’ampélographe Louis Levadoux, par ses études remarquables, avait déjà percé une partie du mystère puisqu’il annonçait la parenté entre la Mondeuse noire et la Syrah.

Ce cépage émet des rameaux longs et fragiles qui cassent facilement sous l'action des vents et doit être soigneusement palissé. Ses sols de prédilection sont par exemple les granits décomposés des coteaux de l’Hermitage ou de Cornas, les gneiss et les schistes de la Côte-Rôtie ou les galets roulés de Crozes-Hermitage et de Châteauneuf-du-Pape.

Seule, la Syrah donne des vins très colorés, aux arômes multiples qui selon les terroirs vont des fruits rouges et noirs (la framboise, la cerise et la mûre) aux épices (le poivre) et au chocolat noir, en passant par des notes florales de pivoine et de violette. La bouche ample et dense mais sans lourdeur se prolonge grâce à  des tanins qui lui apportent une charpente élégante.

En assemblage avec le Grenache noir, elle équilibre le vin en apportant sa fraîcheur, le structure par ses tanins et l’enrichit par ses arômes. Le vin de Syrah peut être sensible à l'oxydation lorsqu'il est issu de terroirs chauds, mais généralement il est de bonne garde.

En France, la Syrah est le cépage unique de toutes les appellations des Côtes-du-Rhône de Vienne à Valence, et elle a été beaucoup plantée dans la vallée du Rhône sud, en Languedoc et en Provence notamment. Elle est présente dans de nombreux pays viticoles avec bien sûr des fortunes diverses. En Europe, on la trouve en Italie et en Espagne et dans le reste du monde, en Australie ou elle est devenue depuis longtemps le grand cépage de ce pays, en Afrique du Sud, au Chili, en Argentine et en Californie.

Pour bien commencer (ou bien continuer) avec la Syrah, voici quelques propositions :

Côte-Rôtie de Jean-Michel Stéphan :

L’archétype d’un grand vin racé, alliant puissance, opulence et finesse qui servira une parmentière de confit de canard, une caillette ardéchoise, un steak au poivre, un chapon ou une oie rôtie.

Cornas 2002 de Bacchatim :
J’ai élaboré ce vin en collaboration avec Matthieu Barret du Domaine du Coulet, à partir d’une vieille vigne plantée sur un sol d'arène granitique. Nous l’avons élevés 24 mois en fût neuf de chêne à grain très fin (la meilleure qualité) et quasiment sans sulfites. Vous pouvez très bien le déguster seul ou accompagné d’un plat traditionnel, tels qu’un pot-au-feu, une bavette à l'échalote, une volaille rôtie mais aussi avec des plats plus sophistiqués comme des noisettes d'agneau sautées aux ravioles de Romans. Les fromages de caractère (Picodon, Maroilles, Livarot, Epoisses) lui conviennent aussi parfaitement.

Minervois « L’Intégrale » de Jean-Philippe Charpentier :
Un nez enthousiasmant avec des notes balsamiques, de garrigue, de mûre et de myrtille. La bouche est toute aussi expressive, offrant des tanins denses et fondus accompagnés d’une fraîcheur surprenante pour un vin du sud. La finale d’une grande persistance conclue de la plus belle des façons la dégustation de ce vin au rapport prix/plaisir comme seul le Languedoc est capable d’en offrir.


Shiraz du Domaine Paxton (McLaren Vale, Australie) : 
Un nez superbe et séduisant de fruits noirs sauvages, de notes fumées et toastées, et d’épices. La bouche nous confirme la maturité du raisin qui se livre sans fard avec une touche iodée qui apporte de la fraîcheur et rend ce vin aérien, loin des caricatures trop mûres, sans relief et vanillées à outrance qui inondent ce pays. A déguster avec des aubergines farcies, un cassoulet, un confit de canard, ou des spaghettis au pesto.


* La Mondeuse blanche n’est pas une mutation de la Mondeuse noire. C’est un cépage à part entière.
La Dureza est un cépage noir de l’Ardèche, autrefois cultivé en mélange avec la Syrah et dont il ne subsistait que quelques pieds disséminés dans le vignoble. Il n’est plus en voie de disparition, heureusement.
Le Teroldego est un vieux cépage du Trentin (Italie du Nord-Est).

Deux grands de Loire, le Chenin blanc et le Cabernet franc

Le plus grand fleuve de France, la Loire majestueuse, classée au patrimoine mondial de l’Unesco sur une partie de son parcours, abrite sur celui-ci de nombreux vignobles réputés comme Vouvray, Montlouis, Bourgueil, Chinon, Saumur, Savennières pour n’en citer que quelques uns. Ses principaux affluents, le Cher, l’Indre, la Vienne, Le Layon, Le Loir ne sont pas en reste.

Sur ces beaux terroirs, deux grands cépages, l’un blanc, le Chenin, l’autre rouge, le Cabernet franc, permettent d’obtenir sur les différents sols qui vont d’un pôle calcaire à un pôle schisteux ou granitique, de très bons vins, de très grands vins aussi.

Le Chenin blanc est cultivé dès le IXème siècle en Anjou puis investit la Touraine où il prend le nom de Pineau de la Loire. Attention, ce Pineau ne fait pas partie de la famille des Pinot de Bourgogne. La Cour des Valois en faisait grande consommation et Rabelais qui en était friand également le cite dans Gargantua.

L’une des grandes particularités du Chenin est de produire, selon les conditions climatiques du millésime, des jus de raisin dont la teneur en sucre varie considérablement. Ceci va permettre au vigneron d’élaborer toute la palette des vins blancs, du vin effervescent au liquoreux, en passant par le blanc sec, le demi-sec et le moelleux, tous présentant chez les vignerons de talent, une fraîcheur, un ciselé en bouche et une pureté qui est la signature de ce cépage.

A mon avis, le Chenin fait partie du top 3 des cépages blancs avec le Riesling et le Chardonnay, et si le réchauffement climatique observé dans les vignobles ne nuira pas, au moins dans un premier temps, aux deux premiers et leur sera probablement favorable, il n’en sera pas du tout de même pour le troisième. Mais nous en reparlerons certainement assez vite.

Le Cabernet franc possède comme tous les cépages de nombreux synonymes dont le plus usité est Breton car ses vins étaient expédiés vers l’Angleterre par les ports de Bretagne mais peut-être aussi parce-que un peu plus tard, l’abbé Breton, intendant de Richelieu, l’avait planté à l’Abbaye de Bourgueil ?

Si en bordelais, il semble vivre à l'ombre des deux grands de ce vignoble, le Cabernet-Sauvignon et le Merlot, et si en Médoc, sa réputation est même médiocre, cela n’est plus du tout le cas en Touraine et en Anjou, à juste titre d’ailleurs. Planté sur des sols bien drainés car il craint l'eau, pour peu que l'automne soit ensoleillé, vendangé à bonne maturité, ce Cabernet donnera un vin de qualité, coloré, délicieusement parfumé, souple et légèrement acidulé et selon le terroir et l’âge des vignes, un vin de bonne garde avec des tanins à grain fin.

Enfin, pour bien commencer (ou bien continuer) avec les vins de Loire, voici quelques suggestions :

Le Chinon blanc « Rochette » 2013 du Domaine Béatrice et Pascal Lambert. Ses arômes d‘agrumes confits avec une pointe de gingembre et sa bouche opulente, équilibrée par cette acidité salivante si propre au Chenin, le destine à accompagner un omble chevalier, une féra mi-fumée ou un sandre sur un lit de chou rouge confit !

Le Coteau-du-Layon 2014 du Château Soucherie. Voilà l'archétype d'un vin moelleux qui semble fondre lentement en bouche pour notre plus grand plaisir. Délicieux avec des figues rôties aux épices, un bavarois aux poires, une charlotte aux fraises, un crumble, des tartes, au citron, aux coings, aux mirabelles, à la rhubarbe, …

Le Bourgueil « Tenue de Soirée » 2011 du Domaine de l’Oubliée et le Chinon rouge « Les Perruches » 2012 du Domaine Lambert :
Des notes de framboise, de violette et d’épices. Une bouche suave dotée de tanins mûrs et soyeux. Deux cuvées séduisantes pour accompagner des rillons (de Touraine bien sûr), un onglet à l'échalote, un Parmentier de canard et un Pont l’évêque.

Les trésors de Gaillac

Len de l’El, Mauzac, Ondenc, Duras, Braucol, Prunelart, le vignoble de Gaillac dans le Tarn regorge de cépages bimillénaires tant blancs que rouges, un véritable trésor ampélographique.

Situé majoritairement entre Albi, Gaillac et Cordes-sur-Ciel, magnifique petit village médiéval cher à Albert Camus et « village préféré des français », le vignoble de Gaillac a très certainement été créé il y a presque deux mille ans au début de notre ère, comme celui de l’Hermitage et de la Côte-Rôtie (le vignoble des Allobroges), bien avant ceux de Bordeaux et de Bourgogne. Situé aux confins nord d’une vaste province conquise par les Romains, la Narbonnaise, qui s’étendait des bords du Léman jusqu’au nord de Toulouse, en passant par le Languedoc, le vignoble des Allobroges alimentait une partie de la Gaule non encore conquise, tandis que celui de Gaillac, dont les vins acquirent rapidement une très bonne réputation, sa position à l’extrémité ouest de ladite province lui permettait d’alimenter les légions d’Aquitaine ainsi que les Iles britanniques et les pays du Nord.


Au fil des siècles, la concurrence des vins de Bordeaux fut rude. Le vignoble de Gaillac conserva malgré tout son identité. Plus tard, il affronta la moquerie d’une pseudo-intelligentsia du vin, à la critique facile par manque de culture et d’ouverture d’esprit, sans céder aux sirènes de la mode des grands cépages internationaux. Et c’est un bonheur pour nous, car à l’heure où les grands châteaux du riche et puissant vignoble voisin nous proposent encore et toujours des vins formatés (pourcentage de Merlot important, élevage en fût de chêne neuf masquant l’indigence du jus, …) à des prix déraisonnables, plus d’une vingtaine de vignerons du Gaillacois travaillent en culture biologique et biodynamique et offrent des vins originaux arborant une réelle personnalité, comblant notre soif de découverte et notre soif tout court, et enchantent nos dégustations, à des prix très sages !

Le Len de l’El ou Loin de l’œil donne des vins secs ou moelleux, fins avec une bonne acidité. La Vendange Tardive 100% Len de l’El de L’Enclos des Braves fait partie des grands vins de cette catégorie.

Le Mauzac, ou plutôt la famille des Mauzac (blanc, vert, rose, gris, côte de melon, etc) permet d’obtenir des vins secs, voire effervescents ou doux. La cuvée « Les Mages » du Château de Mayragues est un modèle de fraîcheur et d’équilibre.

L’Ondenc fournit un vin moyennement alcoolique, parfumé et délicat. L’un des plus beaux vins de ce cépage est sans conteste l’Ondenc doux de Robert et Bernard Plageoles.

Le Duras donne des vins colorés, structurés avec une légère saveur poivrée. Il est souvent assemblé aux autres cépages rouges.

Le Braucol : mon cépage préféré, un grand cépage tout court, à l’égal des Syrah, Cabernet at autre Pinot. Le pur Braucol de Damien Bonnet du domaine de Brin, sur le sol très calcaire du plateau cordais, est magistral.

Le Prunelart donne des vins colorés et charnus qui vieillissent très bien. Celui de Laurent Cazottes - par ailleurs grand distillateur de fruits devant l’éternel - riche, équilibré et long est irrésistible.

Impossible de conclure cet article sans dire un mot de Robert Plageoles. Ce grand vigneron amoureux de sa terre avait compris bien avant tout le monde l’importance de conserver ces cépages autochtones mais surtout en a sauvé quelques-uns, isolés dans de vieilles parcelles, qui sans lui allaient purement disparaître de notre patrimoine ampélographique. Il nous a redonné l’Ondenc, le Prunelard et le Verdanel par exemple. Merci à lui.

Ampélographie : science de l'identification et de la description des cépages.

Quelques photos de l'immersion 2015 et de la remobtée des bouteilles en 2016

Caisses bois remontées du lac le 10 juin 2016 après una n par 22m de fond,

la veille de la dégustation comparative

   Deux plongeurs qui vont immerger les nouvelles caisses le 11 juin 2016

Inspection des bouteilles après la remontée

Quelques bouteilles (gravées et cirées) après un an par 22m au fond du lac,

très bien conservées

L'immersion de 300 bouteilles dans le lac d'Annecy

Le dimanche 14 juin 2015, 250 bouteilles de vin étaient immergées dans le lac à 22 mètres de profondeur par le club de plongée de Sevrier « La Coulée Douce », pendant que l’autre moitié dormait en cave.
Après un an d’élevage au fond de l’eau, celles-ci ont été remontées le samedi 11 juin 2016, alors que de nouvelles descendaient pour un séjour jusqu’en juin 2017. En fin de matinée, j’ai organisé une grande dégustation comparative entre les vins qui ont vieillis en cave et ceux qui ont évolués au fond du lac (voir la liste ci-dessous). La participation était de 10€ par personne. L’après-midi à 15h, eut lieu une vente aux enchères de coffrets constitués de bouteilles de chaque vin (lac et cave). Celle-ci fut animée par Maître Teulère, commissaire-priseur d’Annecy.

Le bénéfice de cette journée sera distribué très prochainement à l’association «Hydraulique Sans Frontières» qui mène des projets dans le domaine de l’eau potable et de l’assainissement en Afrique et en Amérique du Sud.

Serge ALEXANDRE devant une partie des caisses à immerger le 14 juin 2015

Serge ALEXANDRE devant une partie des caisses qui seront immergées le 14 juin 2016

Bilan de l'opération :

Les vins du lac ont évolués plus lentement, en tout cas différemment. Ils ont gardé leurs arômes fruités et floraux de jeunesse, tout en gagnant en opulence et en suavité. Sur les 27 vins différents, seuls deux ou trois n’ont pas montré de différence significative. Les vins blancs ont vraiment gagnés en richesse d’arômes qui explosent en bouche (sur les vins de cépage Chardonnay, c’est même impressionnant) et les vins rouges ont montré une bouche plus charnue avec une finale où le grain des tanins présents est très agréable.

Voici la liste des domaines et châteaux qui ont généreusement donné des vins pour que cette manifestation existe. Une fois de plus, je les remercie vivement.

Domaine, Château Appellation Cuvée
Château La Roque Coteaux-du-Languedoc Pic Saint-Loup Cupa Numismae 2012
Château Fontanès Coteaux-du-Languedoc Pic Saint-Loup Petite Serine 2013
Jean-Philippe Charpentier Minervois La Livinière La Friponne 2012
Christophe Barbier Coteaux du Languedoc La Clape Inspiration 2011
Christophe Barbier IGP Côtes-de-Pérignan blanc Les Terres Salées 2014
Dom Ricardelle de Lautrec IGP Pays d'Oc blanc Chardonnay Ponserme 2014
Dom Franco-Roumain (Denis Thomas) Dealu Mare (Roumanie) Pinot Noir Terre Précieuse 2011
Dom Franco-Roumain (Denis Thomas) Dealu Mare (Roumanie) Chardonnay Terre Précieuse 2011
Château Soucherie Savennières «Clos des Perrières» 2012
Dom Doudet-Naudin Savigny-lès-Beaune blanc Premier Cru « En Redrescul » 2012 (Monopole)
Dom Doudet-Naudin Savigny-lès-Beaune rouge « Aux Petits Liards » 2013
Dom Saint-Germain Savoie Mondeuse «Le Pied de la Barme» 2013
Dom Saint-Germain Savoie Malvoisie
Dom Saint-Germain Roussette de Savoie 2014  
Dom Saint-Germain Savoie Persan 2014
Ch de Rhodes Gaillac rouge 2012  
Bacchatim Cornas 2002  
Thierry Mortet Gevrey-Chambertin 2012  
Dom de Lucie Crozes-Hermitage rouge «Les Saviaux» 2013
Ch Laroque Côtes-de-Bergerac rouge 2010  
Ch Laroque Côtes-de-Bergerac rouge 2012  
Dom Thillardon Chénas Les Carrières
Dom Thillardon Chénas Les Boccards
Seppi Landmann Alsace Grand Cru Zinnkoepflé Gewurztraminer Vendange Tardive 2012
Domaine Rieflé Alsace Grand Cru Steinert Riesling 2012  
Dirler-Cadé Alsace Grand Cru Saering Riesling 2012  
Franck Peillot Montagnieu Brut  
Pierre André Châteauneuf-du-Pape rouge 2012  
Que boivent les femmes ?

Voilà bien une question délicate. Mais, je renonce rarement devant la difficulté et puis cela m’amuse de m’essayer à ce sujet que je vais tenter de traiter avec un tant soit peu d’humour.

Tout d’abord, cette question laisse-t-elle sous-entendre qu’elles apprécieraient des vins différents de nous, les hommes, (vous vous en doutiez, nous parlons bien de boissons alcoolisées, à consommer d’ailleurs avec modération car …) et si oui, pourquoi ? Et se poserait-on la même question à propos des mets ? Aimer ou non les asperges sauce hollandaise, le filet de bar en croûte d’épices, le Pont l’Evêque et la mousse au chocolat aurait-il à voir avec le sexe ? Sérieusement, je ne crois pas. Alors, pourquoi donc cela serait-il différent avec un beau vin blanc sec de Bourgogne ou un vin rouge charpenté de Madiran. Certains n’hésiteraient pas à proclamer que leur grâce, leur douceur et leur bonté naturelles (qualités selon eux inhérentes au sexe féminin) les prédisposeraient bien davantage à aimer les vins blancs doux et fruités et les rosés très pâles. Comme si elles ne pouvaient se complaire que dans la facilité, incapables de s’émanciper. Laissons-là ces vieux poncifs qui ont de quoi largement agacer. Mon modeste avis, qui s’appuie tout de même sur une longue expérience (je ne dis plus depuis combien d’années par coquetterie), expérience forgée durant mes cours d’œnologie et mes dîners-dégustations est que, bien évidemment, les femmes savent apprécier un vin blanc sec pourvu qu’il soit équilibré et sans acidité mordante ou un vin rouge puissant et structuré pour peu qu’il ne soit ni caustique, ni astringent.

Tout cela n’est pas affaire de sexe, mais d’envie, de curiosité, d’ouverture d’esprit et de qualité du vin bien sûr, et aussi de rencontre de celui ou celle qui saura vous faire partager ses goûts, ses sensations, qui saura vous faire découvrir toute la richesse (cachée) d’un vin. Pour cela je connais d’ailleurs quelqu’un de particulièrement compétant !

Depuis des temps immémoriaux, constituer et gérer une cave, comme sélectionner les vins pour un repas et les servir dans les meilleures conditions d’ouverture et de température, sont des tâches nobles, réservées aux hommes. Or, sans parler de passion, combien sont vraiment intéressés par le vin et possèdent un peu plus qu’un simple vernis de culture vinicole. Combien de fois ais-je pu constater que dans tous ces domaines, régnaient des idées préconçues, les uns, par exemple, mettant les vins rouges en carafe systématiquement (et jamais les blancs), pendant que d’autres n’aèrent jamais et ignorent tout de l’utilisation d’un tel outil, les uns servant tous les vins blancs en dessous de 10°C, quelle que soit l’appellation, voire le millésime, tandis que d’autres présentent tous leurs vins rouges trop chauds, ignorant l’origine et le sens du terme « chambrer ». Sans compter que, peut-être pour masquer un peu leur incompétence, beaucoup restent figés dans leur choix et boivent toujours le même Champagne R., le même rosé M. ou le bordeaux P., aux réputations anciennes, qui quelquefois restent à prouver, et qui ne sont aujourd’hui que des produits bien marquetés grâce à des campagnes publicitaires à gros budgets.

Alors, à toutes les femmes qui souhaitent ardemment sortir des sentiers battus, qui en ont assez des opinions tranchées qui découlent d’observations fragmentaires et de généralisations hâtives, je dis, emparez-vous du vin. Sentez, goûtez (vous le faites si bien), oubliez la marque et l’étiquette (ah, ces foutues étiquettes), et préparez-vous à de belles surprises et de grands plaisirs. Il y a tant de beaux et bons vins dans toutes nos régions viticoles françaises, y compris dans les plus discrètes et les moins considérées.

Encore une tâche supplémentaire me direz-vous, et la barque est déjà bien pleine, mais vous avez à cœur la joie des gens qui vous entourent et puis, quelle satisfaction en retour.

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