Vous avez actuellement
dans votre panier.

Publication du '2015' 'avril'

La Mondeuse, en mode majeur

Cépage des Allobroges au premier siècle de notre ère, grand-mère du Viognier et de la Syrah*, elle fut pourtant injustement considérée pendant longtemps comme un cépage mineur. Il aura fallu tout le talent et le courage d’un vigneron maintenant bien connu, Michel Grisard, pour battre en brèche cette assertion.

Un cépage mineur, la Mondeuse ? Aujourd’hui, seul celui qui n’a jamais dégusté les vins de Michel Grisard, comme ceux de Gilles Berlioz, de Raphaël Saint-Germain, de Yann Pernuit du Château de Mérande, de Louis Magnin ou de Jacques Maillet, pour ne citer qu’eux, peut encore l’affirmer.

Bien avant de rencontrer tous ces vignerons, j’étais convaincu, peut-être parce-que je suis aussi savoyard, teinté d’une pointe de chauvinisme, qu’il en était tout autre. Je l’imaginais peu puissante, mais gorgée de fruits rouges, avec des tanins fins donnant au vin de la chair, légèrement épicée et poivrée, un rien rustique. Pour autant, mes premiers contacts avec ce cépage furent, le plus souvent, une déception. C’était tout l’inverse. Trop acidulée, peu ou pas parfumée, déséquilibrée par l’alcool issu d’une chaptalisation trop importante, sévère par ses tanins non suffisamment mûrs, il n’y avait pas de quoi s’enthousiasmer.

Mais ça, c’était avant…

Et puis les choses ont changé. Ces grands vignerons, soutenus et encouragés par des professionnels et des amateurs (éclairés), ont montré tout son potentiel. Ses nombreuses qualités sont encore exacerbées aujourd’hui lorsque le vigneron pratique une culture propre, où le terroir est réaffirmé. Sans compter qu’à l’heure du réchauffement climatique, l’un de ses prétendus défauts (le manque de puissance en alcool) devient une qualité recherchée.

De la griotte à la violette, avec ses fines notes poivrées, un touché de bouche tout en subtilité et finesse, allié à sa fraîcheur vigoureuse, des tanins à grain fin, le tout donnant un vin racé et élégant, elle peut accompagner des plats bien terriens comme un pot au feu, une potée aux choux, un steak tartare, du boudin noir ou nos fameux «diots» (au vin rouge), comme, après quelques années, un canard aux olives ou aux cèpes, un gigot de sept heures, un râble de lièvre ou de beaux fromages tels un Cantal, un Charollais, un Pouligny-Saint-Pierre et autre Saint-Nectaire.

Et dans le jeu des 7 familles…

A ses côtés, depuis peu, a réapparu grâce au remarquable travail du Centre d’Ampélographie Alpine, la Mondeuse grise, qui vinifiée en rosé donne un vin délicieux. D’ailleurs, tout un patrimoine patiemment inventorié, et sauvé d’une disparition certaine (le Bia blanc, la Rèze, le Mècle et autre Douce noire), vient petit à petit enrichir la belle famille des cépages savoyards. Nul doute, au vu de ma dernière dégustation que de nouveaux plaisirs nous attendent.

Des vignerons de talent, d’autres beaux vignobles proches de la Savoie, comme ceux des Côtes du Rhône septentrionales, s’intéressent à notre Mondeuse convaincus de son formidable potentiel sur un terroir de schistes ou de granit. Cela prouve, s’il en est encore besoin et en toute objectivité qu’elle est définitivement un cépage majeur.


* selon les travaux de José Vouillamoz, biologiste et spécialiste dans l’étude de l’ADN de la vigne.

Copyright © 2017 Wine et vin shop. Tous droits réservés. L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. Sachez consommer avec modération.