Vous avez actuellement
dans votre panier.

Publication du '2017' 'avril'

Une escapade dans le vignoble de la Combe de Savoie

Lundi 27 février, dans les vignes de Raphaël Saint-Germain, au pied du Château de Miolans :
« Je me sens mieux dans mes vignes depuis que je travaille en AB » me confie Raphaël en me montrant un coteau qu’il vient de replanter. « Il faut réfléchir. Le vin n’est pas un produit de première nécessité, il faut donc qu’il apporte du plaisir. Je fais des efforts environnementaux depuis longtemps, la suite logique c’était d’obtenir un label bio ».

En Savoie, la pluviométrie est relativement importante et le vignobleen coteaux, ce qui rendaient autrefois le travail du sol pour contrôler l’herbe, long et fatigant. C’était une corvée. Nous étions dans une logique de production, c’était la période du vin-aliment. Le vigneron ne savait pas ou ne pouvait pas valoriser son travail. Son vin était souvent vendu en vrac. Alors, l’arrivée des pesticides qui rendit notamment l’utilisation du piochon révolue, fut considérée comme un progrès, avec le développement des problèmes graves de santé que le monde paysan, mais pas seulement, connait depuis de nombreuses années maintenant.

Aujourd’hui, avec l’aide de la mécanisation, une meilleure connaissance des interactions entre le sol et la plante, la redécouverte de traitements à base de végétaux et de minéraux, la qualité des vins a fait un bond et le vigneron peut vivre dignement de son travail. Un travail de réflexion au niveau de la conduite de la vigne, sans rechercher systématiquement des rendements élevés, et des vinifications, est effectué pour minimiser voire annuler les intrants.

« Bien sûr, il faut un peu d’inconscience pour travailler en bio, il faut vouloir prendre des risques car vous n’avez pas d’armada chimique pour vous protéger. C’est toujours de la sueur, de la fatigue, quelques fois du découragement, mais je ne reviendrais en arrière ». L’effet millésime est prononcé et évident en culture biologique, la chimie c’est le nivellement. Sans compter que les vignerons bio s’entendent bien entre eux et s’entraident, se soutiennent, échangent. Quant aux rapports avec les consommateurs, ils vont bien au-delà du simple acte d’achat.

Et Raphaël de conclure par une belle citation d’André Gide : « les choses les plus belles sont celles que souffle la folie et qu’écrit la raison ».

Petit rappel (peut-être utile) sur le vin bio:
C’est un vin produit à partir de vignes cultivées sans aucun produit chimique de synthèse (engrais, herbicide, fongicide ou insecticide) et sans OGM. Les sols sont labourés et la plante est traitée contre les maladies cryptogamiques avec du soufre (un minéral), des doses très faibles de cuivre (de plus en plus souvent remplacé par des huiles essentielles), des infusions et des décoctions de plantes qui renforcent aussi son système immunitaire (ortie, sauge, prêle, fenugrec, consoude, ...).
C’est donc un vin sans résidu de pesticides qui sont cancérigènes, toxiques pour le développement et la reproduction, perturbateurs endocrinien, neurotoxiques.

Les trois plus :

• La culture biologique améliore la fertilité des sols, préserve l’environnement (air et eau) et favorise la biodiversité,

• Le vin bio respecte la santé du consommateur,

• C’est aussi un vrai vin de terroir, aux arômes précis, au fruit éclatant, à l’équilibre délicat, plus lumineux, plus proche du raisin que les vins issus de l’agriculture conventionnelle (dont le nom est inapproprié, pour le moins).

L’Altesse ou l’histoire d’un migrant qui s’est remarquablement adapté

Pierre Galet1 dans son « Dictionnaire encyclopédique des cépages » écrit que ce cépage n’a aucun lien avec l’encépagement français. Il aurait été introduit de l'île de Chypre lorsque Louis 1er de Savoie épousa à Chambéry le 1er novembre 1433, Anne de Lusignan, fille du roi de cette île, qui l’aurait apporté dans sa dot.

Pour Pierre Galet, l'Altesse serait originaire d’Europe centrale et plus particulièrement du vignoble de Tokay en Hongrie, réputé pour ses grands vins liquoreux obtenus à partir du cépage Furmint, auquel elle serait apparentée par ses caractéristiques ampélographiques (couleur des sarments, forme des feuilles et des baies). Ce fameux Furmint aurait lui-même été implanté à Chypre par les Templiers puis beaucoup plus tard, les Turcs qui avaient envahi l’île, auraient effacé toute trace de viticulture. Hypothèse intéressante quand on sait que l’Altesse est aujourd’hui officiellement inscrite au « Catalogue des variétés de vigne », en France bien sûr mais aussi à Chypre !

De mon côté, il y a quelques années lors d’un voyage en Hongrie, à la recherche de grands Tokaji Aszu, j’avais rapporté aussi plusieurs bouteilles de vins blancs secs de Furmint dans l’idée de les comparer avec ceux de l’Altesse. Sur cinq échantillons de chacun de ces deux cépages, pour quatre d’entre eux, la structure, les arômes et l’équilibre étaient identiques. Des vins généreux, élégants et aptes au vieillissement. L’expérience fut captivante et le résultat troublant.

Alors, l’histoire de ce cépage noble apporté par une princesse orientale est-elle exacte ou est-il un descendant du Chasselas comme certains l’affirment. Il nous faut attendre l’analyse de son ADN qui pourrait bien nous révéler, une fois encore, une filiation inattendue.  
L’Altesse est presque plus connue sous le nom de Roussette car ses baies deviennent rousses quand elles arrivent à bonne maturité. C’est ainsi le cépage unique de l’appellation « Roussette de Savoie » et des crus Frangy, Monthoux, Marestel et Monterminod.


Pour bien commencer (ou bien continuer) avec l’Altesse, voici quelques propositions :

Roussette de Savoie « Son Altesse » 2015 du Château de Mérande
Avec son nez fin et minéral aux arômes de fleurs mellifères et d'amande, avec sa belle attaque en bouche, avec sa rondeur en milieu de bouche, son bel équilibre et sa jolie finale fraîche, c’est un vin idéal à l’apéritif.

Roussette de Savoie « Autrement » 2014 de Jacques Maillet
L’Altesse a une réelle capacité à traduire les caractéristiques du terroir où elle est plantée. Celle-ci présente une minéralité au nez comme en bouche très affirmée, probablement en raison de la molasse du sous-sol où elle plonge ses racines. Cette minéralité est portée par un joli gras. Irrésistible aujourd’hui, elle pourra aussi vieillir avec grâce.

IGP Allobroge Blanc « Quartz » 2015 du Domaine des Ardoisières
Vous serez séduits par sa maturité faite d’intensité et de finesse et ses notes de pêche, d’abricot, de rhubarbe et d’épices. Vous retrouverez toutes ses sensations en bouche portées par une fraîcheur et un volume enthousiasmants. L’équilibre est parfait. Cette Altesse est incroyablement racée et précise. Son allonge est remarquable.
Servez-là avec un omble chevalier ou une féra du lac, avec un sandre, un tartare de poissons, un carpaccio de coquilles Saint Jacques, et pourquoi pas avec un homard ou une langouste à la nage ou grillé, … A vos fourneaux.

1 L’ampélographe du 20e siècle. Ingénieur agronome et Docteur ès sciences.

Copyright © 2017 Wine et vin shop. Tous droits réservés. L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. Sachez consommer avec modération.