Que boivent les femmes ?

Que boivent les femmes ?

Voilà bien une question délicate. Mais, je renonce rarement devant la difficulté et puis cela m’amuse de m’essayer à ce sujet que je vais tenter de traiter avec un tant soit peu d’humour.

Tout d’abord, cette question laisse-t-elle sous-entendre qu’elles apprécieraient des vins différents de nous, les hommes, (vous vous en doutiez, nous parlons bien de boissons alcoolisées, à consommer d’ailleurs avec modération car …) et si oui, pourquoi ? Et se poserait-on la même question à propos des mets ? Aimer ou non les asperges sauce hollandaise, le filet de bar en croûte d’épices, le Pont l’Evêque et la mousse au chocolat aurait-il à voir avec le sexe ? Sérieusement, je ne crois pas. Alors, pourquoi donc cela serait-il différent avec un beau vin blanc sec de Bourgogne ou un vin rouge charpenté de Madiran. Certains n’hésiteraient pas à proclamer que leur grâce, leur douceur et leur bonté naturelles (qualités selon eux inhérentes au sexe féminin) les prédisposeraient bien davantage à aimer les vins blancs doux et fruités et les rosés très pâles. Comme si elles ne pouvaient se complaire que dans la facilité, incapables de s’émanciper. Laissons-là ces vieux poncifs qui ont de quoi largement agacer. Mon modeste avis, qui s’appuie tout de même sur une longue expérience (je ne dis plus depuis combien d’années par coquetterie), expérience forgée durant mes cours d’œnologie et mes dîners-dégustations est que, bien évidemment, les femmes savent apprécier un vin blanc sec pourvu qu’il soit équilibré et sans acidité mordante ou un vin rouge puissant et structuré pour peu qu’il ne soit ni caustique, ni astringent.

Tout cela n’est pas affaire de sexe, mais d’envie, de curiosité, d’ouverture d’esprit et de qualité du vin bien sûr, et aussi de rencontre de celui ou celle qui saura vous faire partager ses goûts, ses sensations, qui saura vous faire découvrir toute la richesse (cachée) d’un vin. Pour cela je connais d’ailleurs quelqu’un de particulièrement compétant !

Depuis des temps immémoriaux, constituer et gérer une cave, comme sélectionner les vins pour un repas et les servir dans les meilleures conditions d’ouverture et de température, sont des tâches nobles, réservées aux hommes. Or, sans parler de passion, combien sont vraiment intéressés par le vin et possèdent un peu plus qu’un simple vernis de culture vinicole. Combien de fois ais-je pu constater que dans tous ces domaines, régnaient des idées préconçues, les uns, par exemple, mettant les vins rouges en carafe systématiquement (et jamais les blancs), pendant que d’autres n’aèrent jamais et ignorent tout de l’utilisation d’un tel outil, les uns servant tous les vins blancs en dessous de 10°C, quelle que soit l’appellation, voire le millésime, tandis que d’autres présentent tous leurs vins rouges trop chauds, ignorant l’origine et le sens du terme « chambrer ». Sans compter que, peut-être pour masquer un peu leur incompétence, beaucoup restent figés dans leur choix et boivent toujours le même Champagne R., le même rosé M. ou le bordeaux P., aux réputations anciennes, qui quelquefois restent à prouver, et qui ne sont aujourd’hui que des produits bien marquetés grâce à des campagnes publicitaires à gros budgets.

Alors, à toutes les femmes qui souhaitent ardemment sortir des sentiers battus, qui en ont assez des opinions tranchées qui découlent d’observations fragmentaires et de généralisations hâtives, je dis, emparez-vous du vin. Sentez, goûtez (vous le faites si bien), oubliez la marque et l’étiquette (ah, ces foutues étiquettes), et préparez-vous à de belles surprises et de grands plaisirs. Il y a tant de beaux et bons vins dans toutes nos régions viticoles françaises, y compris dans les plus discrètes et les moins considérées.

Encore une tâche supplémentaire me direz-vous, et la barque est déjà bien pleine, mais vous avez à cœur la joie des gens qui vous entourent

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