Du mariage de la noblesse et de la roture, la naissance d’un grand de ce monde

Du mariage de la noblesse et de la roture, la naissance d’un grand de ce monde

La syrah est le fruit du croisementnaturel entre la Mondeuse blanche (la mère), elle-même fille de la Mondeuse noire et d’un cépage inconnu probablement disparu, et le Dureza noir (le père), cépage rare et très peu connu de l’Ardèche, petit-fils du Pinot noir. Tout cela, c’est la recherche génétique qui nous l’apprend.

Et c’est ainsi qu’une équipe de chercheurs de Montpellier en travaillant sur l’ADN des cépages a découvert que l’un des plus grands cépages blancs, présent dans les vignobles du monde entier, le Chardonnay, est le fils du Pinot noir et du Gouais blanc. Si toute personne qui a déjà trempé ses lèvres dans un verre de vin sait que le Pinot noir est un grand cépage bourguignon et si beaucoup l’estime pour sa capacité à produire des vins parfumés d’une rare délicatesse, qui a entendu parler du Gouais, l’un des cépages les plus roturiers qui soient, dont le vin est de médiocre qualité (peu alcoolique, acide et sans arômes). Il a recouvert une bonne partie du vignoble français au moyen-âge, apprécié à l’époque pour la grande quantité de vin qu’il produisait. Pour autant, il est un géniteur exceptionnel et prolifique puisqu’il est le père d’une lignée prestigieuse avec outre le Chardonnay, l’Aligoté, le Gamay, le Riesling, le Muscadet, au total pas moins de 40 cépages blancs et rouges plus ou moins connus et qualitatifs.

Cépage Chardonnay

Il est donc très important de préserver tous les cépages que la nature nous a donné au cours des siècles, nobles ou pas, surtout quand on sait que jusqu’au milieu du XIXème siècle, chaque région viticole comptait plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de cépages différents qui étaient souvent assemblés pour faire du vin. Les maladies cryptogamiques (oïdium et mildiou par exemple) puis le phylloxéra vont détruire le vignoble qui sera replanté avec pour objectifs uniques la productivité et la rentabilité. Beaucoup de cépages vont tomber dans l’oubli. Mais heureusement, la prise de conscience de conserver, caractériser et valoriser les ressources génétiques de la vigne est ancienne et ce fut tout l’enjeu de la création de la collection ampélographique de Vassal-Montpellier notamment, sur les sables du littoral, en 1949, et actuellement en cours de déménagement. Depuis quelques années, dans chaque région viticole, des associations de vignerons et de passionnés du vin travaillent dans le même esprit et recensent les vieux cépages locaux voués à une disparition certaine afin de les sauvegarder.

La recherche génétique « permet de comprendre comment s’héritent les résistances aux maladies, avec la perspective de diminuer l’utilisation de pesticides. Connaître la parenté d’un cépage permet également d’en créer de nouveaux en évitant de croiser un parent avec son enfant, ce qui, quelle que soit l’espèce, ne donne rien de bon.»*

La création de nouveaux cépages est devenue un enjeu important pour l’avenir, à l’heure où nous sommes entrés dans une phase inquiétante de réchauffement climatique. Déjà les vins de culture soi-disant raisonnée sont trop puissants en alcool, de moins en moins acides et aromatiques. Deux solutions sont donc très sérieusement étudiées pour remédier à ces déséquilibres, à savoir d’une part l’utilisation de ces anciens cépages qui retrouvent la faveur d’une partie de la profession, leurs défauts d’alors (volume de production et puissance en alcool jugés insuffisants) redevenant des qualités, et d’autre part, l’obtention de nouvelles variétés par croisements artificiels cette fois-ci.

Pour beaucoup de consommateurs, le vin se résume à une dizaine de cépages comme le Sauvignon, le Chardonnay, le Merlot, le Cabernet-Sauvignon, le Pinot noir et la Syrah. Même si ces cépages sur certains terroirs comme les marnes blanches pour les deux premiers, les argiles pour le troisième, les graves ou le granit, peuvent donner des vins merveilleux, beaucoup d’autres ont toute leur place à la table de l’amateur curieux qui recherche des vins moins corsés donc moins « fatigants », plus frais et aromatiques. Les anciens nouveaux cépages ont devant eux un bel avenir.

Plus de variétés, plus d’originalité, plus de choix, c’est aussi le sens de mon travail depuis longtemps, pour (mon) votre plus grand plaisir.

* José Vouillamoz est biologiste et spécialiste dans l’étude de l’ADN de la vigne.

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