Phytosanitaires autorisés en viticulture raisonnée : panorama 2024
Contrairement à la viticulture biologique, la viticulture raisonnée n’interdit pas l’usage des produits phytosanitaires chimiques de synthèse. Cependant, cet usage est strictement encadré, avec une liste précise de substances autorisées, une rotation des familles chimiques et une limitation des doses applicables. Voici les principales catégories de produits encore utilisés, actualisées selon la réglementation française et européenne début 2024.
1. Les fongicides : incontournables face aux maladies cryptogamiques
Les maladies fongiques restent le cauchemar de tout vigneron, surtout le mildiou, l’oïdium et la pourriture grise (Botrytis cinerea). Les fongicides parfois encore autorisés en viticulture raisonnée sont :
- Produits à base de cuivre (type : bouillie bordelaise) : toujours autorisés, mais la dose maximale est de 4 kg/ha/an en moyenne (source : règlement UE 2018/1981). Le cuivre est également accepté en bio avec les mêmes limitations.
- Soufre : utilisé contre l’oïdium, peu toxique lorsqu’il est bien dosé et aussi utilisable en bio.
- Strobilurines (ex : azoxystrobine, pyraclostrobine) : largement encadrées à cause des résistances et de leur impact sur la faune.
- Triazoles (ex : tébuconazole, difénoconazole) : autorisés, mais soumis à plans de gestion et réduction progressive (Suspension/diminution à l’échelle européenne, source : Commission Européenne).
2. Les insecticides encore présents : usage en dernier recours
La maîtrise de la population de vers de la grappe (eudémis, cochylis) reste cruciale dans certaines appellations touchées. Toutefois, l’usage d’insecticides chimiques a chuté de près de 40 % en 20 ans (source : IFV). Ceux qui restent autorisés :
- Pyréthrinoïdes (ex : deltaméthrine, lambda-cyhalothrine) : leur usage doit être justifié par des attaques avérées, ils sont surveillés pour leur impact sur les pollinisateurs.
- Spinosad : autorisé, moins persistant, bénéficie d’une certaine tolérance.
- Biocontrôles (phéromones pour confusion sexuelle) : favorisés, mais parfois combinés avec un insecticide chimique en cas de forte pression.
3. Les herbicides : tolérance en nette régression
Si l’image du « désherbant total » est quasiment révolue, l’herbicide demeure parfois présent, mais son usage est souvent réservé aux situations extrêmes, dans les rangs, en évitant toute utilisation sur l’inter-rang. Seuls certains principes restent autorisés :
- Glyphosate : usage toujours possible, mais interdit en pré-récolte directe et limité à des applications localisées (Ministère de l’Agriculture). Depuis 2019, la France a fixé un seuil maximal de 900 g/ha/an en viticulture, soit près de trois fois moins qu’il y a dix ans. Les alternatives mécaniques sont de plus en plus encouragées.
- Flazasulfuron, rimsulfuron : autorisés dans certaines situations, mais soumis à de forts contrôles.
4. Les autres produits phytosanitaires : régulation des usages
-
Régulateurs de croissance (ex : Trinexapac-éthyle, prohexadione-calcium) : très peu utilisés en France, tolérés ponctuellement pour la réduction de la vigueur ou contre certains accidents climatiques.
-
Anti-mildiou de contact ou systémiques : le mancozèbe (dithiocarbamate) a été interdit en 2021 suite à son classement “suspecté cancérigène” (source : ANSES), mais d’autres molécules plus modernes subsistent encore par dérogation.