31 mars 2026

La viticulture raisonnée : quels produits phytosanitaires sont réellement utilisés aujourd’hui ?

La viticulture raisonnée : définition et cadre réglementaire

La viticulture raisonnée n’est pas une certification officielle comme l’« Agriculture Biologique », mais un ensemble d’engagements visant à réduire l’usage des produits chimiques au strict nécessaire, en privilégiant l’observation du vignoble et la prévention. Elle repose souvent sur la norme HVE (Haute Valeur Environnementale) (source : Ministère de l’Agriculture).

  • Utilisation raisonnée des intrants chimiques
  • Prise en compte de la biodiversité
  • Gestion économe de l’eau et de la fertilisation
  • Réduction des impacts sur la santé humaine et l’environnement

Phytosanitaires autorisés en viticulture raisonnée : panorama 2024

Contrairement à la viticulture biologique, la viticulture raisonnée n’interdit pas l’usage des produits phytosanitaires chimiques de synthèse. Cependant, cet usage est strictement encadré, avec une liste précise de substances autorisées, une rotation des familles chimiques et une limitation des doses applicables. Voici les principales catégories de produits encore utilisés, actualisées selon la réglementation française et européenne début 2024.

1. Les fongicides : incontournables face aux maladies cryptogamiques

Les maladies fongiques restent le cauchemar de tout vigneron, surtout le mildiou, l’oïdium et la pourriture grise (Botrytis cinerea). Les fongicides parfois encore autorisés en viticulture raisonnée sont :

  • Produits à base de cuivre (type : bouillie bordelaise) : toujours autorisés, mais la dose maximale est de 4 kg/ha/an en moyenne (source : règlement UE 2018/1981). Le cuivre est également accepté en bio avec les mêmes limitations.
  • Soufre : utilisé contre l’oïdium, peu toxique lorsqu’il est bien dosé et aussi utilisable en bio.
  • Strobilurines (ex : azoxystrobine, pyraclostrobine) : largement encadrées à cause des résistances et de leur impact sur la faune.
  • Triazoles (ex : tébuconazole, difénoconazole) : autorisés, mais soumis à plans de gestion et réduction progressive (Suspension/diminution à l’échelle européenne, source : Commission Européenne).

2. Les insecticides encore présents : usage en dernier recours

La maîtrise de la population de vers de la grappe (eudémis, cochylis) reste cruciale dans certaines appellations touchées. Toutefois, l’usage d’insecticides chimiques a chuté de près de 40 % en 20 ans (source : IFV). Ceux qui restent autorisés :

  • Pyréthrinoïdes (ex : deltaméthrine, lambda-cyhalothrine) : leur usage doit être justifié par des attaques avérées, ils sont surveillés pour leur impact sur les pollinisateurs.
  • Spinosad : autorisé, moins persistant, bénéficie d’une certaine tolérance.
  • Biocontrôles (phéromones pour confusion sexuelle) : favorisés, mais parfois combinés avec un insecticide chimique en cas de forte pression.

3. Les herbicides : tolérance en nette régression

Si l’image du « désherbant total » est quasiment révolue, l’herbicide demeure parfois présent, mais son usage est souvent réservé aux situations extrêmes, dans les rangs, en évitant toute utilisation sur l’inter-rang. Seuls certains principes restent autorisés :

  • Glyphosate : usage toujours possible, mais interdit en pré-récolte directe et limité à des applications localisées (Ministère de l’Agriculture). Depuis 2019, la France a fixé un seuil maximal de 900 g/ha/an en viticulture, soit près de trois fois moins qu’il y a dix ans. Les alternatives mécaniques sont de plus en plus encouragées.
  • Flazasulfuron, rimsulfuron : autorisés dans certaines situations, mais soumis à de forts contrôles.

4. Les autres produits phytosanitaires : régulation des usages

  • Régulateurs de croissance (ex : Trinexapac-éthyle, prohexadione-calcium) : très peu utilisés en France, tolérés ponctuellement pour la réduction de la vigueur ou contre certains accidents climatiques.
  • Anti-mildiou de contact ou systémiques : le mancozèbe (dithiocarbamate) a été interdit en 2021 suite à son classement “suspecté cancérigène” (source : ANSES), mais d’autres molécules plus modernes subsistent encore par dérogation.

Un usage strictement encadré et surveillé

En 2020, 96 % des exploitations viticoles françaises avaient mis en place une démarche de réduction ou de substitution des produits phytosanitaires (source : Agreste). Ces produits ne peuvent être utilisés sans :

  • Justification agronomique ou alerte de pression sanitaire forte ;
  • Respect des doses minimales homologuées ;
  • Respect des délais avant récolte (DAR), très strict depuis la loi EGAlim et renforcé par la PAC 2023-2027 ;
  • Tenue de registres phytosanitaires systématiques et contrôlés.

Zoom : Évolution des quantités utilisées

  • À l’échelle nationale, la quantité de substances actives appliquée en viticulture a baissé de 19 % entre 2009 et 2019 (source : INRAE).
  • Le nombre de traitements a chuté de 2 à 3 applications par an pour les herbicides, et de 8 à 12 pour les fongicides, mais de nombreux domaines HVE ont une fréquence de traitement désormais située sous ces fourchettes, grâce à la météo fine et à l’analyse des risques.

Quelles alternatives émergent en viticulture raisonnée ?

L’avenir de la viticulture raisonnée s’appuie sur de plus en plus d’alternatives aux molécules chimiques de synthèse :

  • Biocontrôles : extraits végétaux (ortie, prêle), microorganismes antagonistes (Trichoderma), phéromones, huiles essentielles. Leur marché a progressé de 70 % en 5 ans (Union des Industries de la Protection des Plantes).
  • Travail mécanique du sol : bineuses, griffes interceps, tonte, semis d’engrais verts (couverts végétaux).
  • Sélection de cépages résistants (volis, artaban, floréal, etc.) réduisant le recours aux phytosanitaires de plus de 80 % (source : Institut Français de la Vigne et du Vin – IFV).
  • Observation et prévisionnel météo ultra-localisé : stations météo connectées, modélisation des risques, pour ne traiter qu’en cas de réelle nécessité.

Documentations officielles récentes

Pour connaître la liste complète et actualisée des substances autorisées en France, la base E-phy de l’ANSES fournit le registre public officiel mis à jour chaque mois.

  • Certains produits peuvent être autorisés temporairement par dérogation en cas de pression très forte ou d’urgence agricole.
  • La classification évolue vite : une molécule tolérée cette année peut être interdite la suivante.

Pour aller plus loin : enjeux éthiques et attentes des consommateurs

La présence de résidus de pesticides dans les vins reste une préoccupation. Entre 2013 et 2020, le nombre moyen de résidus détectés dans les analyses de vins français a chuté de 45 % (source : DGCCRF). Pourtant, la pression sociétale est forte, et la dynamique vers toujours plus de sobriété phytosanitaire s’accélère.

  • Les jeunes générations de viticulteurs sont particulièrement sensibilisées à l’impact sur la biodiversité, la santé humaine et l’image du vin français à l’export.
  • Les consommateurs attendent de la transparence, ce à quoi la démarche HVE et la certification Terra Vitis répondent : mise en ligne des registres de traitement, explications sur les choix et arguments agronomiques.

Ce nouvel équilibre entre science, tradition et attente citoyenne pousse la filière à toujours réinventer son approche. Si la viticulture raisonnée n’est pas exempte de produits phytosanitaires, leur usage est aujourd’hui drastiquement limité, surveillé et transparent, et la tendance s’accélère pour des vignobles plus responsables encore.

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